Notre histoire

EN CAS D'URGENCE

A l’origine de La Maison des femmes

En l’espace de deux ans, entre 2020 et le 1er janvier 2022, date de l’ouverture de La Maison des femmes, Florence Bretelle, cheffe de service en gynécologie obstétrique, Françoise Cerri, sage-femme coordonatrice de la maternité de La Conception, Hélène Heckenroth, gynécologue obstétricien, Anaïs Nuttall, gynécologue médicale et Sophie Tardieu, praticien hospitalier en santé publique, ont franchi toutes les étapes d’un projet ambitieux. 

La France comptabilise les violences et en particulier les féminicides. En moyenne, le nombre de femmes âgées de 18 à 74 ans qui, au cours d’une année, sont victimes de violences commises par leur conjoint ou ex-conjoint, est estimé, en 2022, à 321 000 femmes (1).

En Seine-Saint-Denis, une femme, Ghada Hatem, gynécologue obstétricienne, a créé, en 2016, une Maison des femmes adossée à l’hôpital Delafontaine à Saint-Denis. Un modèle inspirant car il offre aux femmes victimes de violences un lieu unique de prise en charge et aux soignants une solution concrète à proposer ainsi qu’une coordination de leurs actions.

Pour les cinq fondatrices, confrontées dans leur pratique quotidienne aux coups, agressions et aux viols, l’idée de créer une Maison « comme à Saint Denis » devient un objectif . C’est un déclencheur de l’action.

Depuis quelques années, elles tâtonnaient, chacune dans son coin, parfois à deux.

Florence Bretelle se souvient avoir partagé dès 2018 l’idée d’un « hôtel hospitalier » pour venir en aide à celles qui ont besoin d’être protégées. La nuit, quand les violences s’exacerbent, les urgences obstétriques laissent repartir des femmes en grande détresse.

Françoise Cerri en garde un souvenir douloureux : « Après 8 ans aux urgences obstétriques de nuit, j’étais minée par toutes ces femmes, victimes de viol ou de violences aggravées, que nous devions laisser repartir faute de possibilités pour les garder »

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Anaïs Nuttall affiche sa volonté de créer une Maison des femmes comme à Saint-Denis. Elle s’en ouvre auprès de sa directrice de thèse, une certaine… Florence Bretelle.

La démarche d’Hélène Heckenroth s’inscrit dans la même veine. Le projet, dit-elle, colle à la fois à sa sensibilité et à son « appétence pour les projets nouveaux ».

Entre elles, la complémentarité joue à fond. A chacune sa compétence – sage-femme, gynécologie médicale, gynécologie obstétrique- sans oublier  Sophie Tardieu, praticien en santé publique, capable de définir la stratégie et de la mettre en action sur un plan opérationnel et financier, en lien avec tous les partenaires de ce modèle innovant . « J’ai un goût réel pour le projet, j’aime embarquer, mettre en action » dit-elle. 

L’unité de lieu, puis le soutien fort et affiché de l’AP-HM  et de sa direction, rapproche ; les liens amicaux et professionnels tissés depuis des années facilitent le travail.

En lançant, à l’été 2020, sa campagne « Avec 1 euro, moi, je construis une maison » pour dupliquer son modèle dans la deuxième ville de France, Ghada Hatem donne le coup de pouce décisif. Florence Bretelle prend la tête de l’équipe. Les institutions se montrent à l’écoute. Surtout quand vient s’y ajouter le financement obtenu grâce à la Mission d’Intérêt Général (2)

Alors que le pays broie du noir entre épidémie de Covid et confinements à répétitions, le quintette marseillais ainsi que les a joliment surnommées Marcelle va déplacer des montagnes.

En janvier 2021, l’Agence Régionale de Santé Paca réunit un comité de pilotage constitué de tous les acteurs institutionnels locaux et régionaux. Une étape déterminante.

Neuf mois plus tard, en septembre 2021, la décision du Président de la République d’inclure La Maison des femmes dans le plan Marseille en grand. « A partir de là, tout a changé, se remémore Sophie Tardieu, on nous demandait de quoi nous avions besoin ! »

La « Maison » – 80 m2, quelques pièces en sous-sol à l’hôpital de la Conception – ouvre ses portes en janvier 2022, avant d’intégrer après deux pleines années d’existence, son véritable port d’attache à l’automne 2024, juste en face de l’hôpital, rue Saint-Pierre : un bâtiment de 460 m2 mis à disposition par le Conseil départemental, restauré de fond en comble.

Et là, c’est une autre histoire.

1.Source Observatoire national des violences faites aux femmes