EN CAS D'URGENCE

Je vais te tuer. Les mécanismes du contrôle coercitif ARTE, 53 minutes 

On entend avec effarement la litanie des insultes et les menaces des maris ou des compagnons qui défilent à la barre : vous l’avez traitée de “sale pute”, vous lui avez dit  “je vais te tuer”, “si t’ouvres ta gueule je vais te cogner” … mais ce sont surtout les questions des magistrates aux agresseurs qui retiennent l’attention. 

Dans ce formidable documentaire réalisé par Karine Dusfour qui a été autorisée à filmer des procès, trois juges – la première présidente de la cour d’appel de Poitiers, la présidente du tribunal judiciaire de Colmar et une magistrate auprès de la cour d’appel de Paris- démontent phrase après phrase, intimidation après intimidation, fait après fait, les mécanismes du contrôle coercitif à l’œuvre dans les affaires de violences conjugales et familiales. Pour, au bout du compte, comme le résume l’une d’elles, inverser la question :  « au lieu de se demander pourquoi n’est-elle pas partie -et de s’en agacer- il faut se demander quel mécanisme a-t-il mis en place pour qu’elle ne parte pas ?»

Système d’isolement et contrôle relationnel sont les maîtres-mots de cette surveillance permanente, qui passe aussi par un harcèlement d’une intensité maximale, est démultipliée grâce aux possibilités “offertes” par les applications de géolocalisation. La volonté de contrôle des agresseurs peut s’avérer sans limite. Comme cet ancien gendarme qui a profité de sa fonction pour, dans le cadre d’une procédure de traitement de trafic de drogue, ajouter sa femme (qui vient de le quitter) dans la liste des gens à mettre sur écoute !

Le droit dans ces affaires n’est pas neutre. L’article 213 du code civil de 1803 n’édictait-t-il pas que le mari doit protection à sa femme et que la femme doit obéissance à son mari? L’article modifié en 1971 n’a heureusement plus cours. Mais a -t-il totalement disparu des esprits ? 

(1) diffusé jusqu’au 21 juin 2026 sur Arte